MA NAISSANCE

 

J’ai passé six ans en école d’art à apprendre à développer ma créativité, à découvrir les matériaux et à expérimenter avec, et à tenter de faire se révéler mes appétits artistiques. À partir de cela, j’espérais trouver mon style et produire des oeuvres qui sonnent juste. Lorsque je suis sortie de l’école à 23 ans, je sentais que je n’y étais pas encore tout à fait parvenue. À la réflexion, je crois que j’avais certainement parcouru 80 % du chemin, mais cependant je ne produisais pas un travail qui aurait passé l’épreuve du temps pour moi. C’est pourquoi lorsque, peu de temps après l’école, la possibilité de faire quelque chose de différent s’est présentée, j’ai suivi cette piste et je suis sortie de la voie artistique. C’est ainsi que j’ai commencé à travailler pour un développeur de jeux vidéo, où j’ai fini par fonder et diriger une équipe de traduction et doublage. Je me suis plu pour l’essentiel des cinq ans pendant lesquels j’y ai travaillé, et j’ai beaucoup appris d’un côté de la vie que je n’aurais jamais croisé si j’étais restée à mon établi pendant tout ce temps. Mais, au bout d’un moment, je me suis lassée et j’ai eu envie d’autre chose.

J’ai démissionné en janvier 2013, sans projet de retrouver un travail salarié. Je voulais retourner vers les arts et j’avais recommencé à dessiner, mais je voulais aller plus loin et repenser ma vie et mes priorités. J’ai passé quelques mois sur mon canapé montréalais avec ma chatte Artémis, à lire et à m’instruire. Quand le printemps est arrivé, j’ai décidé d’aller passer quelque temps sur la côte Ouest. L’océan et la nature sauvage me manquaient, mais je voulais aussi faire quelque chose d’utile de mon temps pendant mon voyage. Pour moi, cela signifiait être bénévole sur une petite ferme biologique desservissant une petite communauté. Je sentais que cela correspondait au style de vie que je recherchais, et c’est ainsi que je me suis envolée pour l’île de Thetis, où j’avais trouvé une ferme où je pourrais travailler et vivre pour la saison estivale.

Quelques semaines après mon arrivée à la ferme, j’ai commencé à dessiner comme jamais jusqu’alors. Les dessins sortaient de moi comme si une espèce de force contenue depuis des années entrait finalement en éruption et s’épanchait abondamment. Mais surtout, j’étais satisfaite de ces dessins – ils me ressemblaient. Cela marqua le commencement d’une nouvelle vie artistique pour moi. D’une certaine manière, cette année à la ferme fut mon année 0 en tant qu’artiste, et je comprends désormais que tout ce qui avait précédé avait été la condition de ce qui allait advenir dès lors.

Up the tree